Nommé directeur général du Club Barrière Paris le 1er juillet 2026, Laurent Muraglia connaît l’univers des jeux de l’intérieur. Entré presque par hasard dans le métier de croupier il y a trente-trois ans, il a ensuite passé vingt-cinq années au Casino Barrière d’Enghien-les-Bains, jusqu’à devenir directeur des jeux en 2023.
À la tête de l’établissement des Champs-Élysées, il entend désormais conjuguer l’identité premium de la maison avec une offre plus accessible, renforcer la place du poker et placer le service au centre de l’expérience. Il évoque également les discussions autour d’un éventuel retour de l’EPT à Paris, le déploiement de nouveaux outils numériques et les dispositifs consacrés au jeu responsable.
Vous êtes entré dans l’univers des casinos presque par hasard, en devenant croupier au début des années 1990. À quel moment avez-vous compris que ce métier allait devenir le fil conducteur de votre carrière ?
Cela s’est effectivement fait par hasard. Un casino ouvrait au Grau-du-Roi, dans le sud de la France. J’avais postulé pour devenir serveur et, à la fin de l’entretien, on m’a proposé une place ainsi qu’une formation de croupier. Je ne savais même pas précisément en quoi consistait ce métier, mais j’ai accepté.
Pendant la formation, j’ai été passionné par ce que je découvrais et par tout ce que j’apprenais. J’ai immédiatement aimé cet univers et compris que je voulais y faire carrière.
Je suis ensuite parti dans un autre casino du sud de la France, où je suis resté six ans et demi. J’y ai appris les différents jeux de table : la roulette française, la roulette anglaise, le blackjack ou encore le stud poker, qui occupait alors une place plus importante qu’aujourd’hui.
En 2001, j’ai appris que le Casino Barrière d’Enghien-les-Bains allait installer des tables de roulette française. J’ai postulé et j’ai été retenu. Je pensais initialement y rester trois ans avant de retourner dans le sud pour évoluer, mais j’y ai finalement passé vingt-cinq années. J’y suis devenu directeur des jeux à la fin de l’année 2023.
Le Groupe Barrière a su m’accompagner, notamment grâce au travail réalisé par les ressources humaines et au Campus Barrière. Lorsqu’on possède la connaissance du terrain, ces formations permettent d’y ajouter la stratégie, le management et la gestion d’un établissement.
Vous avez pratiquement gravi tous les échelons. Qu’est-ce que cette expérience concrète change aujourd’hui dans votre manière de diriger ?
Elle permet d’abord de connaître les problématiques rencontrées par les équipes et d’identifier les améliorations réellement applicables. Quand on a exercé les différents métiers, on ne reste pas dans la théorie : on sait ce qu’il est possible de faire et comment le mettre en œuvre.

Cette expérience permet également de comprendre les attentes des clients. Je ne suis pas moi-même joueur, mais je comprends les jeux, les comportements et les besoins des différentes clientèles. Cela donne une vision beaucoup plus concrète de l’établissement.
Il faut aussi avoir le sens du détail et des petites attentions. Le service demeure essentiel. Lorsque l’on connaît toute la chaîne des métiers, on peut proposer des solutions adaptées aux équipes comme aux clients.
Enghien-les-Bains m’a par ailleurs permis de côtoyer des profils très différents : une clientèle VIP, mais aussi des visiteurs plus occasionnels venus chercher une expérience festive le samedi soir. Les clients réguliers sont au moins aussi importants que les très gros joueurs. Toute la difficulté consiste à faire cohabiter ces différentes clientèles.
Enghien-les-Bains est le plus grand casino de France, tandis que le Club Barrière Paris fonctionne exclusivement autour des jeux de table et du poker. S’agit-il de deux métiers très différents ?
Certains fondamentaux restent les mêmes, notamment la gestion des équipes, de la salle et de la clientèle. Mais l’échelle n’est pas comparable.
À Enghien-les-Bains, un client peut presque se perdre dans l’établissement lorsqu’il y a beaucoup de monde un vendredi ou un samedi soir. Ici, la dimension est plus familiale. Le Club accueille des visiteurs récréatifs, des touristes internationaux présents pour quelques jours, mais possède également un noyau important d’habitués.
La proximité et les échanges sont donc plus forts. Le Club est aussi un lieu de rencontre. Nous sommes beaucoup moins anonymes que dans une très grande salle de casino.
Le Club Barrière bénéficie d’une image premium liée à son adresse des Champs-Élysées, tout en proposant des tables plus accessibles. Comment conjuguer ces deux dimensions ?
C’est le cœur du sujet. Il faut d’abord désacraliser l’univers des clubs de jeux. Le mot « club » peut encore empêcher une partie du public d’entrer parce qu’il renvoie à une image qui ne correspond plus à la réalité.

Ce n’est pas parce que nous sommes situés sur les Champs-Élysées et que nous portons la marque Barrière que l’établissement doit être réservé exclusivement aux VIP. Nous avons évidemment besoin de cette clientèle, mais nous devons également accueillir celui qui vient découvrir le lieu et qui deviendra peut-être, demain, un client fidèle ou un VIP.
Notre chance est de disposer de deux ailes. L’idée consiste à développer une aile plus festive et une autre plus feutrée, avec des espaces adaptés aux différentes pratiques et aux différents budgets. Nous pouvons ainsi faire cohabiter les clientèles sans que l’une ou l’autre ait le sentiment de ne pas être à sa place.
Nous conserverons également des mises accessibles, notamment à partir de 5 euros sur l’Ultimate Poker et de 10 euros sur certaines tables de blackjack. Dans le même temps, nous sommes capables d’adapter les maximums et les espaces à la demande de joueurs aux budgets beaucoup plus élevés. L’essentiel est de conserver cette réactivité.
Le poker occupe historiquement une place importante dans l’établissement. Quelle place souhaitez-vous lui réserver ?
Le Club Barrière Paris est un établissement historique pour le poker, notamment en raison de l’héritage de l’Aviation Club de France, auquel vient s’ajouter aujourd’hui la force d’une grande marque.

Notre intention est clairement de retrouver une dynamique autour de ce jeu. Nous n’allons pas revenir à un programme composé de tournois quotidiens, mais nous allons maintenir nos rendez-vous réguliers et renforcer l’offre de cash game.
Nous disposons également de tables équipées en RFID. Il reste quelques ajustements techniques, notamment concernant les écrans, mais nous avons les outils nécessaires pour organiser et diffuser de belles parties.
Nous travaillons aussi à une meilleure visibilité du poker sur Internet. Les joueurs doivent pouvoir connaître le nombre de tables ouvertes et savoir immédiatement si des places sont disponibles. Cela prendra encore quelques semaines. Dans l’intervalle, nous continuerons à utiliser le système actuel avec la borne d’inscription.
Même si je viens davantage de l’univers du casino traditionnel, je considère qu’avoir une véritable offre de poker au Club Barrière est une nécessité. Cela correspond à l’histoire du lieu, mais aussi à celle du Barrière Poker Tour.
Des discussions sont-elles toujours en cours concernant un éventuel retour de l’EPT Paris ?
Oui, les discussions se poursuivent, mais je ne veux prendre aucun engagement à ce stade. Une décision, positive ou négative, devrait intervenir prochainement.
Les équipes de Barrière Poker travaillent sur le sujet. L’EPT représente un événement considérable et une organisation particulièrement lourde, mais ses retombées sont très intéressantes, notamment en matière d’image.
Les équipes du Club ont déjà démontré leur compétence sur ce type d’organisation. Si nous parvenons à trouver un accord, j’ai toute confiance dans leur capacité à relever ce défi.
Les joueurs ne recherchent plus seulement une table : ils sont également attentifs à l’accueil, à la restauration et à l’ambiance. Le club de jeux doit-il devenir un lieu de divertissement global ?
Nous appartenons à une marque qui exploite des hôtels cinq étoiles et des palaces. Nous devons donc être capables d’offrir au Club un niveau de service comparable. C’est le message que je transmets aux équipes : nous devons apporter ici le savoir-faire et l’ADN de Barrière.
Lorsqu’un client entre pour la première fois au Club, il entre dans l’univers du groupe. Il doit retrouver le même niveau d’accueil et de service que dans les autres établissements Barrière.

Notre programme de fidélité permet également de prolonger cette expérience. Les points accumulés donnent accès à différents avantages et permettent aux clients de découvrir d’autres destinations du groupe. La puissance de Barrière réside justement dans cette capacité à proposer une expérience qui dépasse le seul moment passé à la table.
Le secteur des jeux connaît régulièrement des difficultés de recrutement. Le Club Barrière est-il confronté à ce problème ?
Nous avons su conserver l’essentiel de nos équipes. Peu de personnes quittent le Club ou le Groupe Barrière, notamment parce que les conditions et la qualité de vie au travail sont intéressantes.
Nous avons traversé une période un peu plus compliquée, mais nous ne rencontrons pas actuellement de difficulté majeure de recrutement. L’appartenance à un groupe comme Barrière constitue évidemment un avantage.
Une évolution réglementaire permettant plus facilement à un croupier de casino de travailler dans un club aurait néanmoins du sens. Les compétences sont proches et cette plus grande mobilité serait logique.
Comment concilier les objectifs économiques d’un établissement avec la prévention du jeu excessif ?
Le jeu responsable est probablement le sujet le plus important du moment. Au-delà des obligations légales, notre intérêt commun consiste à protéger les clients et à leur permettre de jouer dans de bonnes conditions, sans se mettre en danger. Le jeu doit rester une expérience de divertissement.

Une équipe est spécifiquement chargée de ce suivi. Elle peut rencontrer les clients lorsque certains signaux nous interpellent. Toutes nos équipes sont formées et nous organisons des réunions mensuelles afin d’examiner les situations qui pourraient nécessiter une attention particulière.
Nous pouvons également proposer à un client de limiter volontairement son nombre de visites, par exemple entre une et dix entrées par mois, voire de suspendre temporairement ses venues. Ce dispositif fonctionne bien, car il permet à la personne de prendre du recul et de mieux maîtriser son budget.
Quelles sont les grandes orientations que vous souhaitez désormais impulser au Club Barrière Paris ?
Ma philosophie repose d’abord sur l’accueil et le service. La conquête ou la reconquête de clients ne vient qu’ensuite.
Pourquoi retourne-t-on dans un restaurant ? Pour son ambiance, la qualité de son accueil et le plaisir que l’on éprouve à s’y retrouver. C’est exactement ce que nous devons parvenir à créer ici. Les clients ont besoin d’être reconnus par les équipes et par la direction, d’échanger et de se sentir considérés.
Nous organiserons naturellement des opérations et des événements, notamment à partir du mois d’octobre. Mais faire venir un client grâce à une opération ne suffit pas. Le plus important commence lorsqu’il franchit la porte. Nous devons alors répondre à ses attentes et lui apporter le meilleur service possible.
Je souhaite également encourager l’innovation dans l’offre de jeu. Une expérimentation autour des options « Super 6 » et « Égalité » au Punto Banco fonctionne par exemple très bien. Les jeux sont connus, mais nous pouvons imaginer de nouvelles formules et apporter davantage de variété.
Enfin, Barrière Play va prendre une place croissante dans l’expérience du Club. L’application remplace la carte physique par une version dématérialisée et intègre un portefeuille électronique. Ce wallet doit faciliter certaines opérations et accompagner le développement du cashless.
Nous avons également installé des coffres physiques permettant aux joueurs qui le souhaitent de conserver leurs jetons. Tous ces services peuvent sembler secondaires, mais ils contribuent directement au confort des clients.
Notre rôle est de nous mettre à leur place et de nous demander ce dont ils ont besoin pour jouer sereinement : conserver leurs jetons, utiliser une solution cashless, se restaurer ou bénéficier des autres établissements du groupe. Cela doit concerner la clientèle VIP, mais aussi le visiteur qui vient jouer pour la première fois. Toutes les clientèles doivent être respectées.
Infos pratiques — Club Barrière Paris
Adresse : 104, avenue des Champs-Élysées, 75008 Paris
Téléphone : 01 88 47 77 77
Site internet : www.casinosbarriere.com/paris
