Issy-les-Moulineaux mise sur un club de jeux à l’horizon 2030

Le projet d’un club de jeux d’argent à Issy-les-Moulineaux prend forme. Après avoir longtemps rêvé d’un casino, André Santini, maire (UDI) de la commune, semble désormais miser sur une alternative juridiquement possible et économiquement attractive.

Depuis des années, l’édile affiche son intérêt pour le monde du jeu, imaginant un établissement à la hauteur du dynamisme de sa ville. Mais le droit français reste inflexible : la loi du 15 juin 1907 réserve l’ouverture des casinos aux communes balnéaires, thermales, climatiques — et, depuis 2023, hippiques.

André Santini – DR

Issy-les-Moulineaux, aussi connectée et tertiarisée soit-elle, ne coche aucune de ces cases. L’idée d’un casino a donc été écartée.

Le modèle parisien comme référence

Face à cet obstacle, la municipalité s’oriente vers le modèle du club de jeux, plus souple juridiquement et déjà éprouvé à Paris depuis 2018 dans le cadre d’une expérimentation encadrée par l’Autorité nationale des jeux (ANJ).

Ces établissements, héritiers des anciens cercles de jeux, proposent des jeux de contrepartie comme le Punto Banco, le poker ou le Blackjack, mais se distinguent des casinos par l’absence de machines à sous et de roulette.

« Nous souhaitons dès à présent nous porter candidats à l’ouverture d’un club de jeux », a confirmé Philippe Knusmann, adjoint au maire en charge de l’urbanisme, cité par Le Parisien. La ville met en avant plusieurs atouts : un tissu économique dense, la présence de grands sièges sociaux, une excellente desserte en transports et l’arrivée prochaine de la ligne 15 du Grand Paris Express.

Un projet ancré dans la ZAC Léon-Blum

Selon Le Parisien, le futur établissement pourrait s’implanter dans la ZAC Léon-Blum, au sein d’un immeuble (photo de Une) signé Daniel Libeskind, architecte de renommée internationale et concepteur du mémorial de Ground Zero à New York.

Projet de la Zac

Cet édifice de 20 000 m², à l’architecture futuriste inspirée d’un éventail, regroupera bureaux, commerces, logements, hôtel et salle de sport. Le club de jeux y trouverait place à l’horizon 2030.

Un levier fiscal et d’attractivité

Pour la commune, l’intérêt du projet ne se limite pas à l’image. Les clubs de jeux parisiens constituent une source fiscale non négligeable : près de 50 millions d’euros de taxes générées chaque année pour l’État et la Ville de Paris, et environ 1 500 emplois directs et indirects.

Issy-les-Moulineaux y voit donc un double levier — économique et symbolique — au service de son positionnement de ville tertiaire innovante.

Un débat politique en toile de fond

Le sujet n’est cependant pas consensuel. Martine Vessière, conseillère municipale d’opposition (DVD), exprime ses réserves : « Ce n’est pas quelque chose d’honnête. Le lieu est implanté dans un quartier d’affaires qui va devenir un nœud de transports : cela ne risque pas d’attirer que du beau monde. »

Le scepticisme s’étend également au niveau national. Devant la commission des finances du Sénat, la présidente de l’ANJ, Isabelle Falque-Pierrotin, et le président de Casinos de France, Grégory Rabuel, ont rappelé en juin dernier la fragilité du secteur : 30 % des casinos français ne sont pas rentables, avec une croissance limitée à 1,2 % en 2024.

Pour autant, le modèle des clubs de jeux, lui, semble avoir trouvé son équilibre. Encadrement renforcé, transparence financière, contrôle des flux et lutte contre le jeu clandestin : les objectifs fixés par l’expérimentation parisienne ont été atteints.

Si le projet isséen se concrétise, il marquera une étape importante dans la redéfinition du paysage des jeux d’argent franciliens. En s’appuyant sur un modèle régulé, Issy-les-Moulineaux s’inscrirait dans la continuité du mouvement initié par Paris, tout en affirmant son ambition d’être une ville laboratoire des nouvelles formes de divertissement légal et contrôlé. Cela pourrait aussi ouvrir la porte à d’autres communes en Île de France…