C’est un petit phénomène que seuls les initiés connaissent, et qui intrigue autant qu’il agace. En discutant avec plusieurs membres de comité de direction (MCD) de clubs de jeux parisiens, un terme revient parfois, presque à voix basse : les “gratteurs”.
« Ce sont des personnes qui fréquentent les clubs mais ne jouent quasiment jamais, explique un MCD d’un grand établissement parisien. Ils rôdent autour des tables, observent les parties et cherchent à se rapprocher des joueurs réguliers. L’idée, c’est de sympathiser, de se faire accepter. »
L’histoire, souvent, se répète avec une précision quasi millimétrée. Après quelques échanges amicaux, le “gratteur” se confie : il aurait tout perdu, ou serait dans une situation urgente. Prétexte favori : il lui manquerait 20 € pour prendre un taxi. Une somme modeste, calibrée pour ne pas éveiller la méfiance et provoquer un geste spontané.
« Au final, certains peuvent repartir avec une centaine d’euros dans la poche après avoir fait le coup à plusieurs joueurs dans la même soirée, poursuit le MCD. C’est rarement violent ou agressif, mais ça reste une forme de parasitage qui exaspère les habitués. »
Le profil type ? Un habitué des lieux, parfois ancien joueur, qui connaît les codes du milieu et sait où se placer pour engager la conversation. Le “gratteur” est aussi attentif aux dynamiques de table : il repère les gros gagnants de la soirée, ceux qui, euphoriques, sont les plus susceptibles de se montrer généreux.
Pour les clubs, difficile d’intervenir : tant qu’il n’y a ni harcèlement ni trouble manifeste, ces sollicitations restent dans une zone grise. Mais certains établissements renforcent leur vigilance, rappelant que les salles de jeux doivent rester des espaces dédiés à la pratique, et non un terrain de chasse pour les opportunistes.
Dans l’ombre des tapis verts, le “gratteur” reste un personnage marginal, presque folklorique… mais que beaucoup de joueurs préféreraient ne plus croiser sur leur chemin.
